Je finirais à Canne, comme mon grand-père, avec cette même ambition indescriptible...cette ambition d'afficher mes portraits sur la croisette mais elle n'aboutira pas tout comme lui.
Oui, je finirais seule avec mon verre de vodka à la main, enfoncée dans le fauteuil design d'une boite de nui, à regarder les gens déambuler dans tous les sens, à les regarder s'exclamer, se défoncer, s'exalter, s'exciter les uns les autres et penser, penser beaucoup trop.
Et je finirais par avoir les yeux qui me piquent, mon corps mortifiée réclamant du sommeil et hurlant la faim et mon cerveau, lui, sera en ébullition, en ébullition de conneries oui !
Je finirais par chialer et rentrer quelque part... Là où mes pas me mèneront.
Je ne serais plus toute jeune, entourée certainement mais seule car au fond je l'ai toujours été.
Je me mêlerais à la foule. Je traînerais avec des gens fauchés, des gens friqués...
Peu m'importe, j'assouvirai ma soif de découvrir le fond de leurs pensées, le trou noir, ce qui se cache derrière la nature humaine, ce vide... Je les dessinerais sur mon papier blanc comme pour immortaliser leur âme, mon diplôme scientifique dans les mains.
Et oui, je m'excuse maman mais je ne serais pas docteur, sa n'a jamais été pour mes moi ces trucs-là et puis, de toute façon, je suis trop bête pour sa. Pardon de ne pas avoir su te rendre fière mais je te jure maman que je deviendrais quelqu'un. Je ne passerais pas à la télé, je ne serais pas une artiste célèbre mais je serais différente. Je cracherais à la gueule de ses fils à papa diplômé d'un doctorat, mais trop prétentieux et trop bornée pour comprendre quelque chose. Certes, je serais une artiste ratée qui traînera son chagrin au fond des bars mais je serais une artiste. Je n'aurais pas d'avis dans la politique car j'emmerde la politique. Je partirais à Saint-tropez ou à Paris, je vivrais comme une égoïste et je finirais vieille et seule, toujours seule... Mais ne t'inquiète pas pour moi, à ce qui parait j'ai un bon cul, c'est l'essentiel.
Sa ira, je ne pleure plus, tu vois.
Je ne vous remercierai jamais assez de m'avoir rabaisser plus bas que terre. Je me suis accrochée, comme une sangsue au peu que j'ai et je sais que je me battrais toute ma vie car la vie ne sera qu'un perpétuel combat pour moi.
Et oui, j'ai le mal de vivre, ce n'est pas donné à tout le monde.